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COMMENT ABORDER LES PETITS RÔLES: JOHN TURTURRO ET RAPHAËL QUENARD

Photo du rédacteur: QUATRIEME MURQUATRIEME MUR

« Il n'y a pas de petits rôles, il n'y a que de petits acteurs »

Constantin Stanislavski


En tant qu'acteur, lorsque l'on débute dans le métier, le premier réflexe que l'on a en recevant le scénario d'un film dans lequel on a la joie d'être casté est de parcourir les différentes séquences à la recherche du prénom de son personnage pour évaluer combien de répliques on aura à défendre.

Or, par définition, ces rôles étant petits, ce sont au final trois-quatre répliques qui se battent en duel, réparties dans 2 ou 3 séquences sur les 120 au total.

Petite déception.


Or il ne faut pas raisonner comme ça. Peu importe le nombre de dialogues à prononcer. Peu importe le nombre de séquences dans lesquelles on apparaîtra. Un rôle, aussi petit soit-il, doit être défendu avec tout autant d'ardeur que s'il s'agissait du rôle principal. Et ce, pour plusieurs raisons.


La première est psychologique, et aura une incidence sur le comportement de l'acteur sur le plateau : car en pensant comme ça, il pourrait en oublier ses priorités. En effet, il pourrait ressentir une certaine injustice de se voir confier un « si petit rôle » sur le film, alors que tel autre acteur « bien moins talentueux » en aura obtenu un bien plus conséquent. Dès lors, il abordera ses journées de tournage en ressentant un fort sentiment d'injustice et de jalousie qui parasiteront sa mission première : faire son métier en incarnant un personnage. Contre-productif et dangereux, voilà un réflexe, bien qu'humain, à proscrire.


La deuxième raison est stratégique et concerne la vision d'une carrière sur le long terme. Beaucoup de réalisateurs fonctionnent en terme de « famille artistique ». Une fois qu'ils ont trouvé des partenaires efficaces, ils ne veulent plus s'en défaire. Les frères Coen emploient souvent les mêmes acteurs -Frances McDormand, John Goodman, Steve Buscemi, George Clooney, pour ne citer qu'eux-, car ils savent qu'ils ont trouvé en eux des acteurs créatifs, efficaces et fiables.


Chez les Coen, tous les rôles, aussi petits soient-ils, sont incarnés par des acteurs de grand talent, célèbres ou non : le pompiste dans No Country For Old Men (Gene Jones, une seule scène dans le film), le réceptionniste d'hôtel dans Barton Fink (Steve Buscemi, deux scènes), le commercial borgne dans O'Brother (John Goodman, deux scènes), etc. Tous ces rôles sont incarnés à la perfection, et pourraient tout à fait être l'objet de spin-off.

Ces différents acteurs ont marqué les esprits dans ces rôles très secondaires tout autant que les acteurs des rôles principaux.


Le meilleur exemple à mes yeux restant celui-ci :

John Turturro dans The Big Lebowski (Ethan & Joel Coen, 1998).

Turturro y incarne Jesus Quintana. Joueur de bowling excentrique, pédéraste, vêtu d'une combinaison violette flashy brodée au nom de « Jesus », il arbore des bagues à presque tous les doigts, l'ongle du petit doigt de la main gauche est très long et recouvert de vernis rouge sang, et lorsqu'il s'apprête à striker, il lèche sa boule amoureusement avant de la lancer. Puis, le strike inévitable effectué, il danse élégamment sur une cover d'Hotel California, version Gypsi Kings.

Une claque. Lorsque quelques secondes plus loin, il vient interagir avec les personnages principaux du film chacune de ses répliques, de par la manière dont il incarne son personnage, vaut son pesant d'or.

Quelle claque. Quelle claque. Quelle immense claque.

A la fin du film, la plupart des spectateurs ont encore en tête ses apparitions. Combien en a-t-il eu ? Deux. Le personnage n'apparait que dans deux séquences.

Temps à l'écran : un peu plus de 3 minutes en tout et pour tout sur 2 heures de film.

Son travail sur ce rôle est si marquant que des années après, ils en ont fait un film en spin off intitulé The Jesus Rolls (John Turturro, 2019).

Qui a dit que les petits rôles ne pouvaient pas peut déboucher sur des rôles principaux ?


Ces derniers temps, un acteur français se faisant un solide nom dans le métier est Raphaël Quenard. Très juste et crevant l'écran de sa simple présence, après avoir enchainé différents courts-métrages à partir de 2014, et tourné un premier court-métrage avec la réalisatrice Emma Benestan (L'Amour Du Risque, 2019), il tourne dans son long métrage Fragile. Depuis lors, il n'a de cesse de se faire une solide réputation dans le métier, en enchainant films et séries. Ce n'est pas pour rien.


La première fois que j'ai vu jouer Raphaël Quenard est dans la série Family Business (Jonathan Cohen, Igor Gotesman, Julien Lilti, 2019). Dans l'épisode 1 de la saison 3, il y incarne Leonard, un méchant qui menace les personnages principaux. La première scène où l'on le découvre, il débarque en tenue de moine, pistolet calibre 45 en main, et tire n'importe où. Naturellement, à la troisième ou quatrième balle, il tue un de ses comparses sans faire exprès. Je vous laisse découvrir le reste, c'est magnifique. Du même calibre que Turturro dans The Big Lebowski. Voilà un acteur dans son élément, qui nous fait oublier qu'il est un acteur.

En observant Quenard se faire un nom dans le cinéma français, on a l'impression de regarder un architecte inspiré bâtir son oeuvre pierre après pierre, en choisissant ses projets avec soin. Car une carrière qui durera se construira sur le long cours. L'important n'étant pas tant de réussir que de durer. « Pour durer dans une carrière, il faut faire de bons choix. » a dit Vincent Cassel.


Chez QUATRIEME MUR, on part du principe que pour faire carrière, il faut de la patience, de la persévérance, et de la méticulosité dans le travail. C'est de cette façon que lorsque l'on pensera à vous, on saura que vous allez crever l'écran, et faire gagner du temps sur le plateau parce que vous aurez la réputation d'acteur.trice créatif et efficace.


Chez QUATRIEME MUR, tous les jours, non seulement on s'applique à faire passer aux acteurs énormément de textes, des monologues, des dialogues, parfois longs, parfois courts afin de laisser parler leur réactivité et leur créativité quelle que soit la taille du rôle, mais on les pousse également à constituer des familles artistiques. Grâce à ces familles, ils pourront évoluer en toute sérénité.

Car après tout : que sont les petits rôles, à part la porte qui mènera aux grands rôles ?





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